Le thème du concours 125 était : le changement. Voici le texte que j'ai écrit à cette occasion.
17h35 – l’homme arrive à la gare Montparnasse. Suivent deux molosses portant costume sombre et lunettes noires. L’homme se dirige vers la sortie avenue du Maine où l’attend une 508 grise. Il monte à l’intérieur et s’assoit près de Nicole, sa secrétaire. Les deux gardes du corps le suivent dans une Zafira.
17h50 – la voiture remonte la rue de Rennes et débouche sur le boulevard Saint-Germain. L’homme regarde machinalement à travers la vitre teintée et remarque que les terrasses sont pleines à craquer. En ce milieu de printemps, Paris a pris un parfum d’été, la ville semble tourner au ralenti, la circulation est fluide. C’est dimanche.
18h14 – la 508 pénètre sous le porche d’un immeuble haussmannien et stoppe dans la cour centrale. Téléphone portable collé à l’oreille, des gens sont là, qui font les cents pas et ne semblent pas prêter attention à l’homme qui descend de la voiture. Il monte les deux étages qui le conduisent à son vaste bureau.
18h25 – l’homme est assis devant sa table de travail, il réfléchit. Autour de lui, Nicole s’agite, arrange le vase rempli de roses rouges, lui parle mais il n’entend rien. Elle lui glisse une feuille où sont notés des chiffres. Il jette un œil à la page dactylographiée.
18 h 35 – Nicole lui demande s’il veut quelque chose à boire, un café. D’un geste de la main, il refuse. Il pense à ces dernières semaines, tous ces gens qu’il a rencontrés, à toutes ces phrases qu’il a prononcées. Il pense à son déplacement aux Etats-Unis qui a été déterminant. Il pense à sa famille, à ses enfants qu’il ne voit plus souvent mais qu’il sait avec lui. Il pense à son ex-compagne, malgré tout loyale depuis ce soir d’octobre. Il pense à Valérie qui est sans doute dans la pièce à côté, à l’attendre.
19h03 – Pierre entre dans le bureau et lui tend une liasse de feuilles. L’homme commence à lire l’écriture ronde de son ami, acquiesce de la tête, dit : c’est parfait.
19h15 – Nicole revient avec une nouvelle feuille couverte de chiffres. Elle dit : on est sûr de nous. Il dit : merci. L’homme se lève et va vers la grande fenêtre qui donne sur la cour. Une foule nombreuse est amassée, la rumeur des conversations monte jusqu’à lui.
19h27 – le téléphone sonne. Nicole décroche, dit : un instant, je vous prie. Puis : c’est lui. L’homme prend le combiné. Il attendait ce moment. Un petit sourire se dessine sur son visage. Il écoute les paroles. Le ton est courtois, sans plus. Il dit : merci beaucoup. Il raccroche.
19h30 – Nicole a allumé la télévision. Un journaliste relate un accident ferroviaire en Hongrie qui aurait fait de nombreuses victimes. La secrétaire s’approche de l’homme, lui demande : ça va ? Il répond d’un sourire. Elle a les larmes aux yeux et se détourne pour cacher son émotion.
19h 57 – Pierre est revenu accompagné de Michel, Bernard et Julien. Ils sont tous autour de lui, un peu trop détendus, lui semble-t-il. Et s’ils s’étaient trompés ?
20h00 – L’homme se tourne vers la télévision. La voix d’un journaliste dit : 3,2,1. L’homme entend son nom et voit apparaître son visage. Un pourcentage apparaît en incrustation. Et soudain, on l’attrape, on l’embrasse, on le serre. Dans la cour, il entend qu’on crie son prénom. A partir de cet instant, l’homme sait que sa deuxième vie vient de commencer.

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